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les bienfaits de la biodiversité (histoire)


Rédigé le 25 Février 2025 à 22:00 | 0 commentaire(s) modifié le 25 Février 2025 - 22:11

Massamba Ndakhté Gaye
Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations... En savoir plus sur cet auteur

(Equonet Energies-Dakar) - En Ouganda, des pratiques agricoles durables enrichissent la biodiversité des champs, ce qui est bénéfique pour l’environnement et les moyens de subsistance.


Qu’il s’agisse d’utiliser des semences indigènes plus résilientes, d’associer les caféiers et les bananiers ou de reconstituer les populations de pollinisateurs, la biodiversité n’est pas un concept abstrait dont débattent les scientifiques et les militants. Elle se retrouve dans un ensemble d’actions concrètes essentielles pour la sécurité alimentaire et l’environnement, que les agriculteurs accomplissent dans leur travail quotidien.

Nos systèmes agroalimentaires dépendent de milliers d’espèces végétales, animales et halieutiques, ainsi que de variétés, races et souches garantes de la diversité génétique. De plus, au moins 50 000 espèces sauvages dans le monde sont utilisées à des fins alimentaires, énergétiques et médicales, mais aussi pour la fabrication de matériaux ou d’autres usages. Toutefois, la biodiversité de la planète décline en raison de l’évolution de l’utilisation des terres, du changement climatique et de la surexploitation, ce qui met en danger l’avenir de l’alimentation.
 
En Ouganda, dans le district de Luweero, Jane Nakandi Sebyaala, cultivatrice de café et de bananes, dirige aussi la banque de semences communautaire Twezimbe Kassala. Sa mission est de sauvegarder les semences indigènes, un élément fondamental pour conserver la diversité biologique dans les champs. D’après Jane, les semences indigènes peuvent être replantées jusqu’à dix fois, contrairement aux semences fortifiées, qui doivent être renouvelées chaque année. De plus, elles ne nécessitent pas l’usage de pesticides ou de grandes quantités d’engrais.
 
Jane raconte qu’auparavant il était difficile de se procurer des semences indigènes dans les magasins et les marchés. Après avoir bénéficié d’une formation sur les avantages de ces semences, organisée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), «[les agriculteurs se sont] tournés vers les anciens pour obtenir des semences indigènes et les planter».
 
Au fil du temps, Jane et les autres cultivateurs ont fait pousser d’importantes quantités de variétés indigènes d’espèces agricoles, notamment de maïs et d’haricots. «L’avantage des semences indigènes, c’est leur résilience. Elles résistent aux maladies et sont moins vulnérables aux ravageurs que les variétés du commerce», explique-t-elle.
 
Les ravageurs ne sont qu’un des problèmes rencontrés par John Kagwa Tujjunge, un caféiculteur ougandais. Pulvériser des pesticides n’est pas seulement couteux, c’est aussi néfaste pour la biodiversité, notamment pour les populations d’abeilles et d’autres insectes, ainsi que les verres de terre, sans compter que cela nuit aussi aux précieuses baies du caféier. C’est pourquoi «nous avons essayé d'utiliser des pièges pour lutter contre les ravageurs» comme le scolyte noir, qui dessèche les rameaux des caféiers.
 
Grâce aux formations de la FAO, John consacre plus de temps à désherber et à retirer les branches improductives, qui offrent un milieu propice au développement des ravageurs. De plus, il utilise des ressources disponibles localement telles que le savon, l’eau et l’éthanol pour attirer les insectes nuisibles. «C’est très simple mais aussi très efficace», assure John.
 
Le manque d’eau est un problème tout aussi important. La situation dure depuis de nombreuses années et est exacerbée par la déforestation et le changement climatique. «Nous souffrons beaucoup pendant la saison sèche. Les caféiers se dessèchent presque. C’est pourquoi nous avons creusé des canaux de drainage dans la plantation pour que les arbres aient de l’eau pendant les sécheresses.» John plante des bananiers avec ses caféiers dans le cadre d’un système d’agroforesterie visant à améliorer la santé et la durabilité des cultures.
 
Les bananiers protègent les caféiers du soleil direct et gardent le sol humide. Les conditions sont favorables pour que les petits insectes, les verres de terre et d’autres organismes aèrent la terre en creusant des galeries, ce qui permet la percolation de l’eau, même en cas de précipitations légères. La couverture du sol attire les termites et facilite la décomposition, ce qui améliore la fertilité. De plus, les fleurs des caféiers attirent des pollinisateurs naturels comme les abeilles et les papillons.
 
Tout cela a contribué à l’augmentation du rendement de la plantation de 1,2 acre de John. Il est passé d’environ 90 kilos de café à une fourchette de 480 à 720 kilos par an. De plus, il peut récolter du café presque toute l’année et non pas seulement de manière saisonnière.
 
La pollinisation est aussi un grand sujet de préoccupation pour Wilson Kabagambe, qui dirige en Ouganda, dans le district de Nakaseke, un projet d’apiculture soutenu par la FAO. Avant les formations dans le cadre des écoles pratiques d’agriculture de la FAO, «vous pouviez trouver de grands champs de maïs avec beaucoup d’épis manquant de grains, ce qui voulait dire qu’il n’y avait pas eu assez ou pas du tout de pollinisation.»
 
D’après Wilson Kabagambe, c’était le même scénario avec le café: «Vous pouviez trouver des baies sans graines. Ce qui voulait dire qu’il n’y avait pas eu de pollinisation.» La destruction de l’habitat naturel des abeilles et l’utilisation courante de produits chimiques avaient fait chuter le nombre d’abeilles et d’autres pollinisateurs. Le résultat était sans appel.
 
Pour remédier au manque de pollinisation, il a été prévu dans le cadre du projet de la FAO intitulé «Intégration de la biodiversité dans tous les secteurs de l’agriculture en application du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal»  de construire des ruches pour accueillir les abeilles. Jusqu’ici, plus de 500 ruches ont été fournies dans la région de Nakaseke.
 
La réintroduction de pollinisateurs a stimulé la production végétale, tandis que le miel et d’autres sous-produits apicoles ont fourni une source de revenus complémentaires aux exploitants.
 
La biodiversité, qu’elle passe par des semences locales ou des pollinisateurs qui aident à faire pousser un ensemble de plantes domestiques et sauvages, est au cœur des systèmes agroalimentaires et du travail des agriculteurs.
 
La FAO travaille à intégrer la biodiversité dans les politiques et pratiques agricoles de plusieurs pays, dont l’Ouganda, la République démocratique populaire lao et Madagascar.
 
Dans le cadre de ce projet sur la biodiversité, la FAO a organisé une manifestation axée sur l'apprentissage pour permettre aux agriculteurs et aux spécialistes en agriculture de mettre en commun leurs connaissances sur les pratiques respectueuses de la biodiversité. La standardisation de ces bonnes pratiques est essentielle pour augmenter la biodiversité et que soit reconnue son importance pour l’ensemble du secteur agroalimentaire mondial.
 
 
 L'histoire originale et les photos associées sont disponibles sur: https://www.fao.org/newsroom/story/the-biodiversity-connection/fr



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